La traversée de l'Atlantique à vélo... ah non pardon, Paulo et Martin à la découverte de l'Amérique du Sud

Un peu de sérieux : enquête sur le quinoa et premier aperçu de la complexité bolivienne

02:19, 11/06/2008 .. 0 commentaires .. Lien

Préambule :

 

Un mois plus tard, Porto Alegre : la carte mémoire de l’appareil photo de Paulo se bloque, avec 1GB de photo en mémoire (elle pouvait pas etre plus pleine ! presque 600 photos). Comble de malchance, ces dernières semaines, j’ai très peu mitraillé de mon côté. On perd donc de nombreux souvenirs de notre voyage sur les semaines suivantes, ce qui explique que les prochains articles seront peu illustrés. Croyez bien qu’on partage votre douleur de lire ces articles avec si peu d’images ! 

 

Mais revenons à nos aventures. Uyuni donc, le 8 juin 2008.

 

Le Salar fut magnifique, mais éprouvant. Il nous faudra quelques jours pour s’en remettre. Et on commence même par un tour dans une clinique d’Uyuni pour soigner la turista de Paulo, qui décidément digère mal les légumes crus locaux. Comme le lui a dit sa mère, on ne peut prétendre bien connaître un pays sans faire un tour à l’hôpital. Paulo s’attelle donc à découvrir la Bolivie en profondeur.

 

Après une journée de repos, ça va mieux ! Et on écarte l’idée de partir rapidement d’ici pour trouver un climat plus clément (de mon côté, avec l’altitude, c’était toujours pas ça…). On reste donc à Uyuni pour nous renseigner un peu sur le thème du quinoa (et oui, c’est masculin en français et féminin en espagnol, on en apprend tous les jours !), avec les indications de Solidar’monde. Le quinoa, céréale sacrée des Incas, est une pseudo-céréale andine, cultivée exclusivement en haute altitude. La région inter Salar de l’altiplano bolivien est parmi les principales régions de production du quinoa.

 

Après avoir repris des forces, nous partons donc à la recherche d’informations sur la question. Nous prenons, pour commencer, la direction de la mairie d’Uyuni, où nous rencontrons Freddy Rojas, qui travaille sur le développement économique local, mais qui travaillait auparavant sur la thématique du quinoa. Il est passioné et passionant, et nous apprend plein de choses. On le sent heureux de partager avec nous ce savoir. Ce que nous avons appris sur le quinoa fera l’objet d’un article spécifique, je me contente là de vous raconter nos quelques jours à Uyuni.

 

Nous sommes arrivés bien trop tard pour assister à la récolte qui a eu lieu fin avril-début mai. Notre séjour à Uyuni tombe dans une période creuse du calendrier de la culture du quinoa. La récolte vient de se terminer, et la suivante n’est pas encore en route. On tombe donc au mauvais moment, mais la rencontre avec Freddy Rojas est néanmoins une très belle rencontre. Il nous montre, et nous donne, des photos de la derniere récolte de la quinoa, ce qui nous permet de mettre des images sur ce qu’il nous raconte. Merci Freddy, pour ce moment passé avec toi, et pour ces photos !

 

Pour la suite de notre enquête, il nous donne deux adresses, la SOPPROQUI et la CADEQUIR.

 

La SOPPROQUI (sociedad provincial de productores de quinoa) est une des neuf régionales de l’ANAPQUI, l’association nationale des producteurs de quinoa, un des deux grands regroupements de producteurs de quinoa boliviens. La SOPPROQUI travaille avec 18 communautés de la région d’Uyuni. Sa mission est d’assister au niveau technique les producteurs membres. Le Quinoa d’ANAPQUI est principalement vendu dans les filières de commerce équitable dans notre monde occidental. La production est donc entierement certifiée biologique, d’après ce qu’il nous ont assuré lors de notre visite.

 

Enfin, nous avons terminé notre “tour de la quinoa” par la CADEQUIR (camara departamental de la quinoa real). Nous avons rapidement discuté avec son directeur, qui nous a présenté sa mission. Elle est proche de celle de la SOPPROQUI, c’est à dire assistance technique auprès des producteurs, mais s’adresse à l’ensemble des producteurs de quinoa, alors que la SOPPROQUI, qui est une association de producteurs, travaille uniquement avec ses membres.

 

Puis, bel hasard du voyage, nous avons assisté à la présentation du commerce équitable, faite par un ingénieur de la Fair Trade Labelling Organisation aux producteurs de quinoa. Belle coincidence de passer à ce moment-là. Alors que nous connaissons bien le commerce équitable du point du vue de consommateurs, nous l’avons découvert du point du vue des producteurs lors de cette présentation. En effet, l’accent était mis sur les avantages que pouvaient tirer les producteurs de ce type de relations commerciales, et sur les contraintes que ça leur imposait.

 

Après avoir atteint le summum du tourisme avec les 4 jours de tour en 4x4 dans le Salar, ce fut vraiment passionant de se plonger dans le quotidien de cette ville d’Uyuni, en nous intéressant au thème de la quinoa, plus qu’important puisque c’est la principale activité du coin, avec l’élevage de lamas et les tours dans le Salar. Ca nous a poussé à sortir du centre-ville « tout beau tout propre » où fourmilllent agences de tourisme, restaurants et hôtels, et découvrir la face cachée de la ville.

 

Après ces quelques jours d’enquête sur le quinoa, il est temps pour nous de reprendre la route. Jusque-là, le programme était globalement respecté, et la suite bien définie : Potosi-Sucre, puis le Brésil en traversant le Paraguay. Mais sur un coup de tête tout a changé. La route pour Potosi bloquée par des mineurs, l’appel de la route trop fort, un bus qui part pour Tupiza, via une route qui vient de se débloquer, la route de l’Argentine…   10 secondes de réflexion, on part, on part pas ?? Allez, tant pis, on reviendra en Bolivie, il faut bouger là, retour vers l’Argentine !! Ou comment remettre en cause le programme si bien ficelé pour les 2 mois et demi qui suivent !

 

C’est l’occasion de faire une petite parenthèse sur la situation Bolivienne, complexe. On ne prétend absolument pas avoir tout compris à ce qu’il se passe dans ce pays, pour plus d’info, on trouve tout sur internet (mais aussi n’importe quoi, alors faite attention !!). Juste, nous souhaitons vous faire partager ce que nous avons découvert.

 

La Bolivie a élu il y a deux ans Evo Morales, premier président indigène de l’histoire du pays, de gauche bien entendu. Il a reçu le soutien actif du vénézuelien Hugo Chavez, ce qui a pu être mal vu ici. Evo mène apparemment depuis son élection une politique tournée vers les plus pauvres : nationalisation des ressources du pays, et utilisation des dividendes de ses importantes ressources (de gaz notamment) pour des programmes sociaux nationaux : alphabétisation, réduction de la pauvreté et de la faim… Il faut savoir que la Bolivie est le pays le plus pauvre d’Amerique du Sud, avec 60% de la population en dessous du seuil de pauvreté.

 

Le pays est géographiquement coupé en deux, avec à l’ouest l’Altiplano, les hauts plateaux andins, et à l’est les plaines, l’Amazonie. Globalement, les régions du croissant oriental du pays sont plus riches : elles concentrent les ressources du pays, et les activités économiques s’y développent mieux que dans les régions de hautes altitudes. Ces régions orientales voient donc d’un mauvais œil l’utilisation faite des ressources du pays, qui servent à financer des programmes nationaux, qui, au final, touchent avant tout les habitants de l’altiplano, où la pauvreté est plus forte qu’ailleurs.

 

Menées par la région de Santa Cruz, les régions de l’est ont proclamé tour à tour leur autonomie, de façon anticonstitutionelle, menant le pays dans une impasse. Pour solutionner ce problème, Evo Morales a proposé que les mandats présidentiel et préfectoraux soient remis en jeu lors d’un referendum le 10 août 2008, ce qui a été accepté par les préfets des neuf régions. Affaire à suivre donc !

 

En plus de ces revendications séparatistes, le pays est témoin d’une forte rivalité entre La Paz, capitale effective, et Sucre, capitale constitutionnelle qui réclame le retour du gouvernement. Le racisme anti-indigène est très présent, notamment à Sucre. Et à tout cela s’ajoute le problème des mineurs de Potosi, oubliés par les autorités dans leurs pénibles conditions de travail, et à l’origine de nombreux blocages de routes, dont celle que nous voulions prendre. Ceci est pour vous donner une idée de la situation, c’est ce que nous avons découvert lors de notre passage en Bolivie, ce dont nous avons entendu parler, mais ce n’est surement qu’un apercu de la complexité du problème bolivien, il nous reste encore beaucoup de chose à découvrir. Mais fin de la parenthèse pour le moment.

 

 

Nous nous retrouvons donc à Uyuni, avec la route vers Potosi bloquée, le souhait de ne pas nous diriger dès maintenant vers La Paz, et un bus qui part immédiatement vers Tupiza et l’Argentine. C’est donc un peu sur un coup de tête que nous décidons de revenir sur nos pas, pour la première fois du voyage. Ca a son charme aussi, on retrouve des lieux connus, des visage connus…

Nous passons la nuit à Tupiza, avant de repasser le lendemain la frontière avec l’argentine. On retrouve Natan, qu’on avait croisé dix jours auparavant. Il nous explique que ça bloque aussi par ici : la ville est restée comme morte pendant quelques jours. Magasins, écoles, marché… fermés, la ville seulement animée par les enfants jouant dans les rues. On passe la soirée avec lui, un israélien et un couple de québécois. On découvre leurs travaux d’artisananat pendant qu’ils échangent leurs techniques, et on termine par un concert privé de Natan : charango, harmonica et chant. Magnifique ! Tout ça nous donne des idées, à suivre…

 

Après cette belle soirée, nous prenons le bus vers 4h du matin direction Villazon pour ce qui restera sans doute le pire trajet du voyage. Le bus, pas chauffé, parcourt des route impossible dans le froid glacial de la nuit. Nos pauvres pieds !! impossible de dormir, on passe deux heures à essayer de se couvrir un maximum avec le peu qu’on a pour souffrir le moins possible. Pas fous les boliviens qui nous accompagnent, ils ont pensé aux couvertures, eux !

 

Arrivés à Villazon, on se laisse happé par un demarcheurs pour une compagnie de bus. Ils nous vend un billet pour un bus qui est sensé partir de Villazon en direction de Salta. On attend une heure… Finalement il faut aller traverser la frontière à pieds, prendre le bus qui part peu de temps après du coté argentin. On est accompagné par un employé de la compagnie qui nous laisse en rade une fois la douane passée.  On se dirige vers le terminal de La Quica, le coté argentin de la frontière, pour apprendre que le billet coute en réalité 20 pesos de moins, et qu’il part cinq heures après… Roulés comme des débutants ! Finalement, moyennant une petite rallonge, ils nous trouvent des places dans un bus d’une autre compagnie, qui part à l’instant.

 

Le passage en Bolivie fut court, mais si tout va bien on revient bientôt. L’avion pour la France étant prévu à la mi-aout de Lima, il nous faudra bien repasser par la Bolivie. Mais ca sera pour dans quelques temps. Pour le moment, on va pousser un peu plus loin notre découverte de ce magnifique pays qu’est l’Argentine !

Que le vayan bien todos !!

ps : pour le coup, il nous reste vraiment pas beaucoup de photos pour illustrer cet article. Mais pourquoi ai-je mis mon appareil au chomage technique cette semaine là ??? Bon ça sert à rien de se plaindre, je vous rassure les prochains articles seront quand même un peu plus illustrés...


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