La traversée de l'Atlantique à vélo... ah non pardon, Paulo et Martin à la découverte de l'Amérique du Sud | |
300 km à vélo, ça use...les fessiers !
10:58, 22/06/2008
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Et nous voilà de retour dans cette très belle ville de Salta, contrairement à toute attente. La situation assez tendue en Bolivie nous a “contraint” à réviser sérieusement l’itinéraire, mais il faut savoir se réjouir de ce genre de petites surprises. Et c’est bien ce qu’on a fait à Salta, en retournant dans la chouette auberge de jeunesse où nous avions fait plein de rencontres sympas une quinzaine de jours plus tôt. Fernando, l’un des responsables de l’auberge nous reconnait immédiatement et nous réserve un accueil bien chaleureux. Ayant découvert sa passion pour la viande lors de notre dernier passage, on lui propose une bonne parilla pour le soir-même. Pas de surprise, il accepte l’invitation ! Ah les petits plaisirs de l’Argentine, un bon kilo et demi de viande pour trois, une bonne petite bouteille de vin rouge et une partie de billard pour la digestion… Le lendemain, grasse matinée un peu trop grasse puisque c’est presque au pas de course qu’on fonce au terminal. Notre bus part en début d’après-midi à Rosario, et les places se faisaient déjà très rares la veille au moment de l’achat, on n’a pas le droit à l’erreur ! On monte dans le bus in extremis et on peut enfin souffler, c’est parti pour un nouveau long trajet : quatorze heures cette fois. On ne sait toujours rien sur le concert supposé de Manu Chao prévu le lendemain à Rosario, mais bonne nouvelle, on fait la connaissance d’un argentin, qui a lui aussi eut écho de ce concert et qui compte passer le week-end sur place. On décide de faire équipe. Après une courte nuit et record à battre, un repas servi à une heure du matin dans le bus (on ne leur en veut pas, la compagnie semble nouvelle, et ses prix sont imbattables !), nous voilà donc à Rosario. On apprend très rapidement l’origine des rumeurs du concert gratuit de Manu Chao, et quelle surprise : ce week-end a lieu la célébration du 80ème anniversaire de la naissance d’un certain Ernesto Guevara, originaire de Rosario ! Et comble du bonheur, plus de 50 000 personnes ont fait le déplacement, un parc entier a été mis à leur disposition. Décidément, notre bonne étoile nous suit. Avant d’aller planter la tente dans le parc, notre compagnon de fortune argentin (dont on a lamentablement oublié le prénom… seule excuse, c’était il y a deux mois déjà…), assez fauché, aimerait aller jongler à un croisement histoire de gagner quelques sous. Il faut savoir qu’en Amérique du Sud, il est très commun de voir des jongleurs aux carrefours présentant des numéros le temps d’un feu rouge puis demandant une petite collaboration volontaire aux automobilistes. On se propose donc avec Martin de l’accompagner (bénévolement), histoire de meubler un peu l’arrière de la scène pour ne pas dire de la chaussée ! Un super souvenir ! (et pas la moindre photo pour illustrer tout ça, MAUDITE carte mémoire !) On finit par rejoindre le campement, et on se rend compte de l’immensité de la chose. Des associations communistes et révolutionnaires de nombreux pays d’Amérique du sud ont fait le déplacement, ainsi que beaucoup de jeunes gens “non affiliés” à des associations mais souhaitant rendre hommage au Che. On part se ballader dans la ville et on fait rapidement la connaissance d’un quatrième jongleur, Alejo. On arrive malheureusement juste à la fin de la cérémonie d’inauguration d’une imposante statue à l’effigie du Che.
![]() On a raté le discours mais on arrive dans une ambiance très festive. On rencontre un groupe de colombiens étudiant à Buenos Aires, cette fois, l’équipe est au grand complet, la fête peut commencer ! Au fait, parlons de Manu Chao ! Un concert de clôture de la célébration a bel et bien lieu le lendemain, dans un autre parc, au bord du Parana (ce fleuve qui reçoit les eaux des majestueuses chutes d’Iguazu, et qui fait passer le Rhône pour une rivière avec son lit d’un kilomètre de large ! Sans pitié pour l’orgueil des lyonnais comme vous pourrez le constater). On est contraint de plier la tente et d’évacuer ce chouette parc qui n’était pas mal non plus en camping géant pour jeunes idéalistes. Toute l’équipe prend donc la direction de la scène de concert où tous les espoirs sont encore permis ! Arrivés sur place, on explose de joie : la scène est monumentale, cette fois, c’est sûr, c’est ce qu’on espère, il va y avoir un très gros concert : ![]() Ce n’est pas forcément très visible sur la prochaine photo, mais les techniciens ont installé en plafond de scène une énorme structure de projecteurs en forme d’étoile, petit clin d’oeil de plus au Che.
Les concerts débutent donc timidement en milieu d’après-midi, et…à la surprise générale et contrairement aux rumeurs qui courent depuis presque un mois pour notre cas, se termineront à 21h… Sans Manu Chao… Sans Emir Kusturika… Un peu déçus, il faut l’avouer, mais quand même, ce fut un week-end riche en rencontres et bons moments. Et même lors de cette après-midi, impossible de ne pas parler de l’émotion qui nous a envahi quand, dans un silence de plomb parmi un public de plus de 20 000 personnes, on a pu entendre le discours qu’avait prononcé Fidel Castro à la mort de son ami et ex compagnon d’armes Che Guevera. Autre moment fort, lorsque ces mêmes 20 000 personnes, nous compris, ont tous repris en choeur la chanson hommage “Hasta siempre comandante”. Comme quoi, pas besoin de Manu Chao pour passer de bons moments, non mais ! Pour l’anecdote, on a dormi cette nuit-là dans une salle de cours de la faculté de psychologie de Rosario ! Le lendemain, alors que tout le monde reprenait son chemin, avec Martin on a pris la décision de prendre quelques jours de repos dans cette ville où il fait bon vivre, entre autres pour prendre le temps de remettre le blog à jour et pour se mijoter de bons petits plats (les auberges argentines ont l’avantage inconmensurable de disposer de cuisines équipées de fours !). Et ça ne s’invente pas, cette auberge portait le nom de Hostal Cool Raúl ! Très peu de touristes, beaucoup d’argentins travaillant à Rosario, et préférant vivre en auberge pour fuir la solitude. Autant dire que l’ambiance était très familiale et qu’au bout d’une semaine on ne savait toujours pas reconnaitre qui travaillait et qui vivait dans cette auberge ! Et deux jours plus tard, sur le point de partir, sacs sur le dos, on a différé une seconde fois notre départ : impossible de refuser à l’invitation d’une partie de foot avec un groupe d’argentins suivie du visionnage du match Argentine-Brésil. Repartir d’Amérique du sud sans avoir tâter du ballon avec des latinos pourrait être interprêté par certains comme un attentat diplomatique ! On a fini par reprendre la route, en direction… de Buenos Aires, le point de départ de notre voyage (quand on vous dit que notre itinéraire est assez illogique !). Courte étape dans la capitale argentine, avant de rejoindre l’Uruguay. On passe la soirée avec les colmbiens rencontrés le week-end précédent à Rosario, et le lendemain, on en profite pour une session de rattrapage culturelle : on part visiter la célébrissime et chargée d’histoire Plaza de Mayo. Un peu d’histoire : c’est sur cette place que se sont réunies pendant de nombreuses années tous les jeudis après-midi les mères des enfants disparus pendant la dictacture militaire (connus sous le nom hispanique de Madres de Un peu plus léger : l’après-midi, pensant aller jongler dans un parc de la ville, on a “échoué” ….au zoo ! Alors là, vous pouvez vous estimer heureux que la carte mémoire de mon appareil se soit bloquée, sinon vous aviez droit à la totale : ours polaires, serpents de toutes sortes, pumas, gorilles, lions, zèbres, hippopotames, et tout le tralala. Le soir, après un plat de lasagnes réchauffées au réchaud à gaz en plein milieu du terminal de bus (il faut le voir pour le croire), on a pris la route de Montevideo, Uruguay. Et on est arrivé à destination avec 6 heures de retard, à cause d’un arrêt de 6 heures à la douane ! Déjà qu’on ne se sentait pas d’affection particulière pour les douaniers, mais alors quand à trois heures du matin ils te demandent dix fois de suite si tu es sûr qu’un sac que tu vois pour la première fois de ta vie ne t’appartient pas, là on craque ! Arrivés à Montevideo, pas encore rassasiés de bus, on se paye un petit supplément jusqu’à une cité balnéaire (complètement désertique, ici c’est l’hiver) du nom de Punta del Este. C’est là qu’on souhaite réaliser notre plan machiavélique intitulé, accrochez-vous, comme dirait Michel Blanc : “Sur un malentendu ça peut marcher ! ”. L’idée a germé dans nos esprits dans un moment de béatitude au zoo de Buenos Aires : on veut envoyer nos gros sacs à dos bien lourds jusqu’au Brésil en bus, trouver un loueur de VTTs à Punta del Este en plein saison morte, rejoindre le Brésil en VTT en longeant la côte Atlantique avec nos petits sacs à dos, la tente et tout et tout, récupérer nos gros sacs et renvoyer les VTTs par bus au loueur. Et c’est une fois arrivés à Punta del Este qu’on a commencé à prendre conscience de la difficulté logistique de la chose, sans parler du fait qu’il faudrait trouvé un loueur de VTTs suffisemment confiant en l’espèce humaine pour nous laisser partir 5 jours avec ses montures ! Mais quand je vous dis que notre bonne étoile nous suit, ou alors que nous évoluons dans ce qu’on pourrait appeler “le monde des coïncidences”, écoutez la suite : le premier loueur de vélos ne nous a pas rit au nez mais s’est contenté de nous envoyer promener, à pied bien sûr (en vélo, ça aurait été trop beau). Et le second, après avoir attentivement écouté nos projets , s’est immédiatement enthousiasmé, nous a sorti deux VTTs “dernier cri” de derrière les fagots, nous a proposé une réduction d’enfer avant qu’ont ait le temps de dire “ouf” (3 euros par jour), nous a donné une carte avec son numéro de téléphone pour qu’on l’appelle quand on renverrait les vélos par bus, m’a tout juste demandé mon prénom et nous a souhaité bonne route ! Les derniers détails logistiques réglés, c’est-à-dire une fois les gros sacs envoyés par bus à la frontière avec le Brésil, on est parti faire les courses : sucres lents, sucres rapides, fruits secs, fruits frais, nécessaire de réparation, pompe…c’est du sérieux. On part pour 5 jours de vélo et c’est notre première à tous les deux. On boucle nos deux sacs à dos en fin d’après-midi : une dizaine de kilos chacun, entre la nourriture, la tente, le réchaud, la popote, la bouffe, les sacs de couchage et les matelas de sol, difficile de faire moins. On enfile les cyclistes, les blousons, et nous voilà fin prêts pour le départ. (Petite note explicative : pendant ces 5 jours, puisque l’appareil photo de Martin est assez encombrant et aussi parce qu’il roule moins vite, il faut bien le dire (!), c’est moi qui ai mitraillé. Comme vous le savez déjà, toutes ces photos sont perdues, je pousse donc un cri de rage maintenant : AAAAAAAARGGHGGFFRGGGRRRR, et voilà on n’en parle plus et on se contente des quelques clichés de Martin, sur lesquels il n’apparait pas, vu les nombreuses photos que j’avais prises de lui avec mon appareil). Le départ se fait dans une purée de pois, mais peu importe, on est tellement heureux que notre projet machiavélique se concrétise ! La nuit tombe presque immédiatement, on roule donc prudemment une heure, jusqu’à trouver une plage accueillante pour poser le premier bivouac. Riz à la soupe au menu et dodo à 21h. Le réveil sonne tôt le lendemain, on veut voir le soleil se lever et sortir du beau milieu de l’océan. Raté, ce sera purée de pois bis : ![]() Pas question de se laisser abattre, on plie le camp, prend un petit déj’, enfile le cycliste, le sac à dos et on grimpe sur nos fidèles destriers. On a très peu roulé la veille, et avec le poids du sac à dos, ça fait déjà très mal aux fesses ! Ca promet. Pour vous donner une idée de la classe uruguayenne !
On a rapidement eu le plaisir de découvrir à quel point nos rapports avec les locaux changent quand on se déplace à vélo : tout le monde vous salue, vous encourage, c’est vraiment agréable, c’est valorisant. Et malgré le mauvais temps, on porte un regard vraiment différent sur les paysages, le rythme du vélo est vraiment propice à la contemplation et à la réflexion. Parlons un peu de l’itinéraire : l’objectif est simple : s’éloigner le moins possible de l’océan, et éviter à tout prix de ne faire que de la route, on a de bons VTTs, il faut les rentabiliser. Première étape : San Ignacio, une cité balnéaire bien particulière puisque tout le village est uniquement constitué de superbes maisons d’architecte, appartenant à de riches argentins et brésiliens.
Comme c’est l’hiver, seuls les gardiens et jardiniers occupent les lieux. En tout cas, la vue est belle : ![]() ![]() ![]()
Afin d’éviter un récit trop indigeste, je vous épargne le détail jour par jour de cette aventure à bicyclette, et je me contenterai de vous donner les grandes lignes. Quelques chiffres : on a donc pris 4 jours et demi pour rejoindre la frontière entre le Brésil et l’Uruguay, on n’a pas compté au mètre près mais on pense avoir atteint la barre des Un des souvenirs marquants de cette virée, c’est que malgré notre flagrant manque de connaissances en ornythologie, on a pu voir un nombre incroyable d’oiseaux, tous dans des styles très différents et assez éloignés de ceux que l’on peut voir dans nos contrées natales. Et pas tant d’animaux morts que ça au bord de la route, bonne nouvelle ! Et pour vous donner une idée de la fatigue : on s’est tous les deux couchés avant 22h sans ëtre malade tous les soirs, ce qui ne nous était pas arrivé depuis….. euh, l’école primaire ? On a triché, on avoue, on n’a pas tout fait à vélo, il a fallu prendre un bateau pour traverser un fleuve… ![]() Autre confidence, nous n’avons pas dormi toutes les nuits sur la plage, la deuxième nuit, on a été obligé de faire un gros détour et de s’éloigner de l’océan. On a dormi dans une petite clairière au bord d’une grosse route. Un peu moins romantique… ![]() Tentative de lâcher de pieds et de mains sur le vélo ! Sur cette photo, la tentative est vaine, mais sur ma carte de mémoire qui ne marche plus on avait réussi la photo, ARGGGH ! ![]() Pas très honnête de notre part, puisque le soleil a pointé le bout de son nez une seule journée, mais ce sont surtout les photos de ce jour-là qu’on vous montre. Par souci d’esthétisme dira-t-on.
Ma bécane à gauche, à droite celle de Martin : (désolé pour ce manque d’imagination avec les synonymes de vélo…)
Tentative de photo semi-artistique : ![]() ![]() ![]() ![]() Mettre le réveil à l’aube tous les matins n’aura servi à rien : on n’a pas eu le droit au moindre lever de soleil… C’est que là-bas c’est inversé avec ![]() De chouettes bords de mer, déserts car on est en plein hiver. Impensable de se baigner sans combi. ![]() Le troisième jour, Martin en a eu marre de ses douleurs de dos, et il a trouvé l’astuce en accrochant son sac au guidon et au cadre du vélo. A partir de là, on a pu accélérer le rythme. ![]() Dernier jour, on passe par un parc naturel entretenu par des militaires mais ouvert au public. La mer est déchainée : ![]()
Faut bien s’amuser un peu : ![]() A une cinquantaine de kilomètres du Brésil, dernière étape avant le “sprint final” : la fortaleza de Santa Teresa. ![]() La fortelesse a un passé historique assez mouvementé : ce sont les portugais qui entament la construction en 1762, et avant d’être achevée, la fortelesse sera successivement propriété des espagnols, des indépendantistes (natifs ou non) puis à nouveau des portugais. Le bâtiment est pentagonal, les murs font plusieurs mètres d’épaisseur et ça regorge de canons : on imagine les batailles qui ont dû être livrées ici. ![]()
![]() ![]() Pour un peu d’intimité aux toilettes, mieux vaut sortir de la forteresse : ![]() ![]() Et on termine sur une note de douceur et de légèreté avec un instrument de torture exposé sur place : ![]() L’arrivée à Chuy, la ville mi-uruguayenne, mi-brésilienne a été un grand moment de joie pour nous deux et de soulagement pour nos arrières-trains ! On a bien réceptionné nos gros sacs à dos et envoyé les vélos à notre confiant loueur. Et mis à part quelques soucis pour passer la frontière, retirer de l’argent, on a pris la route de Porto Alegre, en bus de nouveau, et on a arrosé cette petite épopée avec du champagne. Martin n’oublie pas ses origines reimsoises ! Ajouter un commentaire { Page précédente } { Page 2 sur 21 } { Page suivante } |
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